Travail et équilibre

Anxiété et stress au travail : quand le corps tire la sonnette d'alarme

Comment distinguer le stress ordinaire de l'épuisement, reconnaître les signaux avant la rupture, et retrouver sa juste place entre le travail et le reste de la vie, à travers ce que j'observe dans ma pratique de psychothérapeute et de sexologue.

Par Etienne Dupont ·

Une lampe de bureau encore allumée tard le soir, une tasse de thé refroidie et une fenêtre ouverte sur une campagne au crépuscule, à l'aquarelle.

On dit souvent que le stress est normal dans un travail. C'est vrai : un peu de tension aide à se mobiliser, à rester attentif, à bien faire. Mais lorsque la pression devient continue, sans moment pour récupérer, le même mécanisme qui nous protégeait finit par nous user.

Stress, anxiété, épuisement : de quoi parle-t-on ?

Le stress est la réaction du corps et de l'esprit à une exigence : il monte, puis il retombe quand la situation se calme. L'anxiété persiste même quand la menace a disparu : on anticipe, on rumine, on redoute. L'épuisement professionnel, que l'on appelle burn-out, est le stade où les réserves sont vidées. L'Organisation mondiale de la santé le décrit comme un phénomène lié à un stress chronique au travail qui n'a pas été géré avec succès. Il se traduit par une fatigue profonde, une distance mentale ou du cynisme à l'égard de son travail, et le sentiment de ne plus être efficace.

Ce qui use vraiment

Le psychologue Robert Karasek a montré que ce n'est pas la charge de travail seule qui fatigue, mais la combinaison d'exigences élevées et d'un faible contrôle sur la façon d'y répondre. On tient longtemps quand on a prise sur son travail, et l'on s'épuise plus vite quand on subit. C'est une bonne nouvelle : agir sur ce que l'on peut maîtriser, même un peu, fait déjà une différence.

Les signaux à ne pas ignorer

Le sommeil se dégrade. L'irritabilité augmente. Le dimanche soir devient pesant. Les maux de ventre, de tête ou de dos s'installent. La concentration baisse, et l'on se reproche de ne plus y arriver. On évite certaines tâches ou certaines personnes. Pris isolément, chaque signe peut être banal. Ce qui compte, c'est leur persistance et leur accumulation.

Le piège de la sécurité

Les personnes que je rencontre dans cette situation sont souvent très intelligentes et performantes. On ne doute pas de leurs compétences. Le paradoxe est ailleurs : payées pour quarante heures par semaine, elles en donnent parfois le double, au prix de leur vie privée. Leur entourage, et parfois elles-mêmes, finit par trouver cela normal.

Derrière, il y a presque toujours une question de sécurité. Le travail est ce qui protège, et l'idée de le perdre fait peur, d'autant qu'être sans emploi est difficile aujourd'hui. On se retrouve alors pris dans un piège : pour protéger sa sécurité, on sacrifie ce qui en fait aussi partie, la santé, les relations, la famille.

Ma façon de travailler : comprendre, puis relativiser

Je commence par expliquer ce qui se passe dans le corps et dans la tête lorsque l'on travaille trop. Comprendre le mécanisme enlève déjà une part de la culpabilité.

Je pense à un homme qui travaillait plus de soixante heures par semaine. Il avait pris une dizaine de kilos et ne voyait presque plus ses enfants. Nous avons d'abord compté ses heures réelles, tout simplement. Il a été très surpris du total, bien supérieur à ce qu'il imaginait.

Ensuite, nous avons mis sa situation dans le temps, à court terme, et surtout à moyen terme. Si l'on vous demande cela aujourd'hui, et que vous le faites, qu'est-ce qui se passera dans un an ? Pourquoi est-ce que cela changerait ? Cette question simple est souvent un déclic : si rien ne change dans la façon de faire, rien ne changera dans le résultat.

Il ne s'agissait pas de lui demander de tout quitter, mais de voir plus clair dans ce piège et de remettre le travail à sa juste place par rapport au reste de sa vie.

Ce qui aide

Reconnaître le problème plutôt que de se forcer à tenir. Compter honnêtement le temps que l'on consacre à son travail. Réintroduire des moments de récupération réels, pas seulement du repos passif. Repérer ce sur quoi l'on a prise et ce qui nous échappe. En parler à quelqu'un, dans et hors du travail. Consulter un médecin, seul habilité à évaluer l'état de santé et, si nécessaire, à établir une incapacité de travail. Et se faire accompagner : une psychothérapie aide à comprendre ce qui se joue, à calmer l'anxiété et à retrouver des repères.

Ce que j'en retiens

Travailler est important, mais ce n'est pas la seule chose qui nous protège. Tant que le travail occupe toute la place, il finit par prendre aussi celle de ce qu'il est censé sécuriser.

Des questions à se poser

  • Combien d'heures est-ce que je travaille vraiment par semaine, en comptant tout ?
  • Si rien ne change, où en serai-je dans un an ?
  • Qu'est-ce que mon travail me donne que j'ai peur de perdre ? Et qu'est-ce que je risque de perdre à force de le protéger ?
  • À qui pourrais-je en parler cette semaine ?
Toutes les réflexions

Un premier pas, à votre rythme

Un premier entretien permet de faire le point sur ce que vous vivez et de voir ensemble comment avancer.