EMDR et émotions

L'EMDR : retrouver une émotion à sa juste taille

Ce que l'EMDR fait, et surtout ce qu'il ne fait pas, à travers ce que j'observe dans ma pratique de psychothérapeute et de sexologue.

Par Etienne Dupont ·

Une pratique que j'utilise très régulièrement

Dans mon cabinet, l'EMDR fait partie des approches que j'utilise très régulièrement, et on me demande souvent ce que c'est et à quoi cela sert. Voici ma façon de l'expliquer.

L'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est une approche découverte à la fin des années 1980 par la psychologue américaine Francine Shapiro. Elle avait remarqué que certains mouvements des yeux pouvaient atténuer la charge de pensées pénibles. Cette observation a donné naissance à une méthode structurée, aujourd'hui reconnue pour le traitement des traumatismes.

Le point de départ est simple. Certains souvenirs, qu'on qualifie de traumatiques, tournent en boucle dans notre tête. Ils restent bloqués comme s'ils se produisaient encore maintenant. L'EMDR permet de désensibiliser cette boucle, pour que la personne puisse retrouver une vie normale.

Ce que l'EMDR ne fait pas

Je tiens à le dire clairement : l'EMDR ne supprime ni l'événement, ni l'émotion. Ce que j'ai vécu reste ce que j'ai vécu. Si je m'en souviens, j'éprouve encore quelque chose, et c'est normal.

Ces émotions sont d'ailleurs utiles. Elles me permettent de tirer un enseignement de l'expérience, de devenir plus vigilant, de me protéger. C'est un retour d'information précieux, surtout quand l'événement était très marquant.

Le problème apparaît quand cette vigilance devient constante et démesurée. L'hypervigilance transforme alors la vie en enfer. C'est là que l'EMDR intervient : il déconnecte la souffrance du souvenir et ramène l'émotion à un niveau normal.

Il ne change pas ce que l'on ressent vis-à-vis des choses. Il change la résultante émotionnelle désagréable, souvent toxique ou nocive.

Premier exemple : l'absence de l'être aimé

Un homme avait beaucoup de mal à supporter les départs de son épouse à l'étranger. Il était pourtant tout à fait d'accord avec ces déplacements, sur le plan logique et conscient. Mais après quelques jours, une souffrance surgissait, au point de le tétaniser et d'arrêter sa vie.

Grâce à l'EMDR, il a pu dépasser cela. Aujourd'hui, il n'aime toujours pas que sa femme parte, et c'est très bien ainsi : elle lui manque. Mais cette absence ne le bloque plus. Il voit des amis, il a ses activités, il se développe professionnellement. Sa vie continue normalement, sans qu'il ait besoin d'être rassuré en permanence.

Cela a aussi libéré le couple. Son épouse n'a plus à calculer le nombre de jours d'absence : elle organise ses déplacements selon les besoins de son travail, en accord avec lui, et ils se retrouvent avec plaisir.

Second exemple : la jalousie

Une dame était très jalouse. Elle pouvait rationaliser cette jalousie, en parler, reconnaître qu'elle ne détruirait pas son couple. Mais quand la jalousie surgissait, elle n'y voyait plus clair. Elle entrait dans une sorte de transe très désagréable, et il devenait difficile d'accueillir son compagnon. Soit elle exprimait ses émotions avec violence, soit elle les retenait, et c'était alors violent pour elle.

Après l'EMDR, la jalousie est toujours là, mais à une proportion tout à fait viable. Elle peut y mettre de l'humour. Elle peut l'exprimer calmement, par exemple en disant à son compagnon qu'elle est jalouse quand il fait telle chose, sans aucune répercussion, et que cela lui prouve qu'elle l'aime autant qu'au premier jour. Dans leur couple, ils ont choisi l'exclusivité. Quand elle sent un risque, une petite émotion apparaît, mais elle ne mène plus ni à la souffrance, ni au combat. La relation s'en trouve adoucie.

Ce que j'en retiens

Pour moi, la force de l'EMDR est là : il ne change pas la personne, il ne change pas ce qu'elle est. Il lui permet de relativiser et de tempérer l'émotion de façon naturelle. On garde sa sensibilité, ses attachements, ses valeurs, mais on n'est plus pris en otage par une réaction qui dépasse la situation.

Des questions à se poser

Il y a peut-être, dans cette réflexion, une invitation à s'interroger :

  • Y a-t-il une émotion qui prend chez moi une place démesurée par rapport à la situation que je vis ?
  • Est-ce que je sais que ma réaction n'est pas logique, sans pour autant parvenir à la calmer ?
  • Que se passerait-il si je gardais ce que ressent cette émotion, mais sans la souffrance qui l'accompagne ?

Et surtout : peut-on retrouver une émotion à sa juste taille ?

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