Conscience et changement
La métaconscience : faire un pas de recul pour regarder comment on pense
Pouvoir observer ses pensées au lieu de les subir : d'où vient cette idée, ce que la recherche en dit et pourquoi elle change la manière d'avancer, à travers ce que j'observe dans ma pratique de psychothérapeute et de sexologue.
Par Etienne Dupont ·

Pour moi, la métaconscience, c'est la conscience de notre propre conscience : la capacité de faire un pas de recul et de regarder comment on pense. Je constate en consultation que les personnes qui parviennent à ce pas de recul progressent beaucoup plus vite. Cette idée n'est pas nouvelle, et elle est étudiée par la psychologie sous plusieurs noms.
Une idée très ancienne
L'invitation à se connaître soi-même était déjà inscrite dans la sagesse grecque, et Aristote parlait d'une pensée capable de se prendre elle-même pour objet. En 1690, le philosophe John Locke distinguait déjà la réflexion, ce regard tourné vers nos propres opérations mentales, de la simple sensation. Les traditions de méditation, notamment bouddhistes, cultivent depuis des siècles l'observation de ce qui traverse l'esprit.
La métacognition : le mot de la psychologie
Le terme moderne vient de la psychologie du développement. Dans les années 1970, John Flavell a étudié la manière dont les enfants connaissent et contrôlent leur propre mémoire. Il a forgé les mots de métamémoire puis de métacognition, par analogie avec le métalangage : le préfixe grec « meta » signifie « à propos de ». La métacognition, c'est donc la cognition à propos de la cognition : savoir ce que l'on sait, repérer comment on pense et ajuster sa manière de faire.
Elle comprend deux volets : la connaissance de son fonctionnement, et la capacité de le réguler. Elle ne se confond pas avec l'intelligence : on peut être très brillant et peu conscient de sa façon de penser, et l'inverse existe aussi.
Voir ses pensées comme des événements
La psychologie clinique s'est ensuite emparée de cette idée. Dans les années 1990 et 2000, John Teasdale, Zindel Segal, Mark Williams et leurs collègues ont observé qu'une capacité précise protège de la rechute dépressive : vivre ses pensées et ses émotions négatives comme des événements mentaux qui passent, plutôt que comme une part de soi ou une vérité sur soi. Ils l'appellent la conscience métacognitive, ou décentration. Elle est au cœur de la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, qui s'inspire du programme de réduction du stress de Jon Kabat-Zinn.
Un exemple simple : la pensée « je suis nul » devient « j'ai la pensée que je suis nul ». Un seul mot est ajouté, mais la distance change tout.
De son côté, le psychologue britannique Adrian Wells a développé la thérapie métacognitive, qui s'intéresse moins au contenu des pensées qu'à la façon dont on s'y accroche, notamment par l'inquiétude et la rumination. Elle propose par exemple des exercices d'observation détachée des pensées. Les études sont encourageantes pour l'anxiété et la dépression, même si la recherche se poursuit pour la comparer aux autres thérapies.
Ce que la PNL en a fait
La PNL s'est nourrie de la pensée de Gregory Bateson, qui avait montré l'importance de décrire une situation de plusieurs points de vue. De là viennent la méta-position et la méta-communication. Grinder et DeLozier ont formalisé les positions perceptuelles dans les années 1980, puis Robert Dilts et Todd Epstein les ont affinées : première position, celle de soi ; deuxième position, celle de l'autre ; troisième position, celle de l'observateur extérieur, que l'on appelle aussi la méta-position. Prendre cette place permet de regarder une situation, et sa façon d'y réagir, avec plus de recul.
Observer n'est pas ruminer
Attention à une confusion fréquente. Se regarder penser n'est pas se juger, ni analyser sans fin. Ruminer, c'est rester collé à une pensée et la ressasser. La métaconscience, c'est l'inverse : prendre de la distance, remarquer que l'on est en train de ressasser, puis choisir quoi en faire. Elle demande aussi de la douceur : on observe sans se reprocher ce que l'on voit.
Trois façons simples de s'y exercer
Nommer ce qui se passe, par exemple en se disant à voix basse : « Là, je suis en train de m'inquiéter. » Se demander : « Quelle histoire est-ce que je me raconte en ce moment ? » Et imaginer une situation difficile vue par un observateur extérieur, comme si l'on regardait la scène depuis un balcon.
Cela s'apprend avec la pratique, et un accompagnement peut aider : certaines personnes ont du mal à prendre ce recul seules, notamment lorsque l'émotion est très forte.
Ce que j'en retiens
La métaconscience ne supprime ni les pensées ni les émotions. Elle ajoute un espace entre elles et nous, et dans cet espace revient la liberté de choisir. C'est souvent là que le changement commence.
Des questions à se poser
- Qu'est-ce que je me raconte en ce moment, et est-ce un fait ou une pensée ?
- Que verrait quelqu'un qui m'observerait depuis l'extérieur ?
- Quelle pensée revient en boucle, et que se passe-t-il si je la regarde comme un événement qui passe ?
- Qu'est-ce que je choisirais de faire si je prenais un pas de recul ?
Pour aller plus loin
- John H. Flavell, « Metacognition and Cognitive Monitoring », American Psychologist, 1979.
- John D. Teasdale et collègues, « Metacognitive awareness and prevention of relapse in depression », Journal of Consulting and Clinical Psychology, 2002.
- Zindel Segal, Mark Williams, John Teasdale, Mindfulness-Based Cognitive Therapy for Depression, Guilford Press, 2002.
- Adrian Wells, Metacognitive Therapy for Anxiety and Depression, Guilford Press, 2009.
- Gregory Bateson, Steps to an Ecology of Mind, 1972.
- Robert Dilts, Changing Belief Systems with NLP, Meta Publications, 1990.
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