Sexualité et corps

Les pannes sexuelles : la part du corps, la part de la tête

Pourquoi une difficulté sexuelle n'est presque jamais « dans la tête » ni « seulement physique », et comment la comprendre sans honte.

Par Etienne Dupont ·

Quand une difficulté sexuelle apparaît, la première réaction est souvent la honte, suivie du silence. Beaucoup de personnes attendent des mois, parfois des années, avant d'en parler. C'est dommage, parce que ces difficultés sont fréquentes, bien comprises et, dans la plupart des cas, accessibles à une aide.

D'abord, le corps

Avant toute chose, je recommande un bilan médical : médecin généraliste, urologue, gynécologue, selon la situation. La fatigue, certains médicaments, le diabète, l'hypertension, un déséquilibre hormonal ou des troubles circulatoires peuvent jouer un rôle. Écarter ou traiter une cause physique est une étape indispensable, pas une alternative à l'accompagnement psychologique.

La porte de garage

Pour comprendre ce qui se passe chez l'homme, j'utilise souvent l'image d'une porte de garage. Pour qu'elle s'ouvre, il faut d'abord appuyer sur un bouton. Dans la sexualité, ce bouton se trouve dans la tête : c'est la pensée érotique, qu'elle soit visible ou imaginaire. Quand il est face à sa partenaire, l'homme doit se brancher sur elle, sur ce qu'il désire en elle. Ce premier signal déclenche une chaîne de relais nerveux, chimiques et vasculaires, comme le courant qui circule jusqu'au moteur, et c'est seulement au bout de cette chaîne que la porte s'ouvre.

Tant que j'appuie sur le bouton, la porte continue de s'ouvrir. Si j'arrête d'appuyer, elle s'arrête.

Quand la peur remplace l'image érotique

Beaucoup d'hommes qui ont des difficultés d'érection n'ont pas de problème de mécanique. Ils ont du mal à rester branchés sur leur désir. D'autres préoccupations s'invitent, et surtout une question : « Est-ce que ça va marcher ? » À cet instant précis, l'image érotique disparaît, l'histoire érotique s'efface, le bouton n'est plus pressé, et la porte cesse de s'ouvrir.

Masters et Johnson ont décrit ce phénomène sous le nom de rôle de spectateur : l'attention quitte les sensations et se tourne vers l'évaluation de soi. Or, évaluer, c'est exactement ce qui éteint l'excitation. Les chercheurs Bancroft et Janssen l'expriment autrement avec leur modèle du double contrôle : la réponse sexuelle dépend d'un accélérateur, qui réagit à ce qui stimule, et d'un frein, qui réagit à ce qui inquiète. La peur de la performance est un puissant frein.

L'automatisme qui s'installe

Le plus difficile vient ensuite. Un épisode isolé, dû à la fatigue, au stress ou à l'alcool, passe presque toujours inaperçu. Mais s'il inquiète, la peur s'ancre. À force de répétitions, un automatisme se crée : l'excitation commence, une image érotique apparaît, et immédiatement la peur s'installe. Le cerveau a appris un enchaînement, et ce scénario devient une stratégie automatique, désastreuse, qui génère un stress considérable à chaque nouvelle occasion.

Ce qui s'est installé peut cependant se défaire. Le cerveau apprend, et il peut aussi apprendre autre chose.

Ce qui aide

Sortir de l'obligation de résultat. Ramener l'attention sur l'image érotique et sur les sensations plutôt que sur la performance. Parler de ce qui se passe avec sa partenaire ou son partenaire, au lieu d'éviter l'intimité. Et consulter, parce que l'accompagnement permet souvent de rompre l'automatisme bien plus vite que ce que l'on imagine.

Une panne n'est ni un verdict, ni une fatalité. C'est le plus souvent un signal que le corps, l'esprit et la relation demandent à être écoutés ensemble.

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