Enfants, adolescents et parents

Parents et enfants : les projections, et comment en faire un soutien plutôt qu'un poids

Tous les parents projettent des rêves sur leurs enfants. Le sujet n'est pas d'y renoncer, mais d'en prendre conscience pour accompagner sans décider à leur place, à travers ce que j'observe dans ma pratique de psychothérapeute et de sexologue.

Par Etienne Dupont ·

Un piano ouvert près d'une fenêtre lumineuse, une partition sur le pupitre et deux tabourets côte à côte, à l'aquarelle.

Comme tous les parents, nous avons beaucoup de projections pour nos enfants : des rêves, des attentes, des idées sur ce qui serait bien pour eux. Le problème n'est pas d'en avoir. C'est de ne pas se rendre compte que ce sont des projections.

Quand la projection devient un poids

Un enfant peut s'emparer de la projection de son parent, justement parce qu'elle existe et qu'il a envie de lui faire plaisir. Il fait alors des choix qui ne sont pas vraiment les siens, parfois sans le savoir. À l'inverse, il peut la rejeter en bloc, y compris ce qui lui conviendrait. Dans les deux cas, ce qu'il vit ne repose pas sur ce qu'il est, mais sur ce que l'on attend de lui.

Les recherches sur la motivation, notamment la théorie de l'autodétermination de Deci et Ryan, vont dans ce sens : ce que l'on fait par choix, avec le sentiment de décider, tient mieux et rend plus heureux que ce que l'on fait par pression ou pour répondre aux attentes des autres.

L'adolescence, un mélange d'opposition et d'amour

À l'adolescence, tout se mélange : on s'oppose, on aime, on repousse, on avance. Le psychologue Erik Erikson a décrit cette période comme celle où l'on construit son identité, c'est-à-dire où l'on se demande qui l'on est, en dehors de sa famille. S'opposer fait partie de ce chemin. Ce n'est pas un rejet des parents, c'est un moyen de se définir.

C'est pourquoi un adolescent a besoin de pouvoir dire, sans craindre de blesser : « J'aime ta proposition » ou « Ce que tu me proposes est à l'opposé de ce que je sens être ». Et il a besoin que son parent puisse l'entendre.

Du poids au soutien

La clé, c'est de passer d'une projection que l'on impose à une projection que l'on partage. Je le dis souvent aux parents : en prendre conscience change tout.

Prenons un exemple simple. Un parent aime le piano. Il peut dire à son enfant : « Si tu aimes le piano, joue, parce que moi aussi je l'aime, mais seulement si c'est ton envie. Et si tu en fais, nous pourrons jouer ensemble. » Le même parent peut aussi proposer son aide dans une activité, un commerce ou une entreprise de la famille, en précisant que ce n'est pas une obligation.

Dans cette façon de faire, l'enfant sent son parent comme un soutien, comme un appui, et non comme quelqu'un dont il doit réaliser les rêves à sa place. Il garde la liberté de dire oui, non, ou autre chose. Et l'on peut, ensemble, mélanger nos envies pour dire que nous sommes une famille, sans que l'un porte ce que l'autre n'a pas vécu.

Quand consulter

Lorsqu'un enfant ou un adolescent change nettement et durablement, sur plusieurs semaines, il est utile d'en parler : le sommeil ou l'appétit se dérèglent, la tristesse ou l'irritabilité s'installent, il se replie sur lui, abandonne ses activités, décroche à l'école ou refuse d'y aller, se plaint souvent du corps sans cause médicale. C'est la durée et le retentissement sur la vie quotidienne qui comptent, plus que chaque signe isolé.

Les parents ne sont pas des accusés. Ils sont une ressource essentielle. Le thérapeute ne se substitue pas à eux : il offre à l'enfant un espace où parler librement et aide les parents à ajuster leur façon d'être présents.

Et en cas d'urgence

Si un enfant ou un adolescent évoque des idées de mort ou parle de se faire du mal, ne restez pas seul avec cette situation. En cas de danger immédiat, appelez le 112. Les jeunes peuvent aussi appeler gratuitement Écoute-Enfants au 103, et vous pouvez contacter Télé-Accueil au 107 ou le Centre de prévention du suicide au 0800 32 123.

Ce que j'en retiens

Avoir des projections pour ses enfants est humain. L'essentiel est de les reconnaître comme les nôtres, de laisser à l'enfant la liberté de les accueillir ou non, et de lui offrir notre soutien plutôt que nos attentes.

Des questions à se poser

  • Quelles sont mes projections pour mon enfant ? D'où viennent-elles ?
  • Qu'est-ce que je voudrais qu'il vive que je n'ai pas vécu moi-même ?
  • Est-ce que mon enfant peut me dire « non » sans que je me sente blessé ?
  • Et si je lui proposais mon soutien, sans condition, sur ce qui l'anime vraiment ?
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