Désir et couple

Quand le désir s'efface dans le couple : normal, évitable, réparable ?

Ce que la recherche nous apprend sur le désir dans la durée, et ce que j'observe dans ma pratique de psychothérapeute et de sexologue.

Par Etienne Dupont ·

« On s'aime toujours, mais le désir n'est plus là. » C'est l'une des phrases que j'entends le plus souvent en consultation, dite avec une certaine gêne. Beaucoup de couples y voient le signe que quelque chose est cassé. Dans la grande majorité des cas, ce n'est pas le cas. Et ils sont nombreux : selon les enquêtes, une part importante des couples installés, de l'ordre d'un sur cinq ou sur sept selon les études et les pays, traverse une longue période sans sexualité.

Le désir change de nature

Au début d'une relation, le désir est spontané. Il surgit sans prévenir, porté par la nouveauté et l'incertitude. Notre cerveau s'habitue à ce qu'il connaît, c'est ce que les chercheurs appellent l'adaptation hédonique : ce qui était intense devient familier. Il n'y a là aucune faute, c'est un fonctionnement humain.

La sexologue Rosemary Basson a par ailleurs montré que, dans les relations longues, le désir est souvent réactif : il n'arrive pas avant le rapprochement, il apparaît une fois que l'on s'est mis en situation. Attendre l'envie qui tombe du ciel peut alors durer très longtemps.

Le piège du rapprochement qui devient difficile

Voici ce que je constate le plus souvent. Quand on a perdu l'habitude de se toucher, de se prendre dans les bras, de s'embrasser, chaque rapprochement devient plus compliqué que le précédent. Le premier pas est gauche, et l'autre le ressent : « Avant, tu me prenais dans les bras, c'était naturel. Maintenant, un bisou sur la joue, presque sur le front. »

Je pense à une patiente qui se plaignait que son mari ne l'embrassait plus et ne la prenait plus dans ses bras. Il a fait l'effort. Elle l'a repoussé : « Mais enfin, ce n'est pas naturel. »

Bien sûr que ce n'est pas naturel. Après des années, le corps ne l'a pas désappris, il s'est déshabitué. Au début, il faut réfléchir au geste, et il est donc maladroit. Comme pour toute mémorisation, il faut un certain nombre de répétitions pour qu'il redevienne familier. On parle souvent de sept à dix, comme repère : certains couples iront plus vite, d'autres plus lentement. L'essentiel est de savoir que cela prend du temps, et que ce temps est normal. Si l'on refuse le geste parce qu'il est gauche, on referme la porte au moment précis où elle s'entrouvrait. Et c'est valable dans les deux sens : la même scène existe avec les rôles inversés.

Redémarrer en douceur : le toucher gratuit

Ce que je propose, c'est de recommencer par ce que j'appelle le toucher gratuit : toucher sans attente, sans enjeu sexuel. Une main sur l'épaule, un bras autour de la taille, une main prise. Des gestes simples, qui demandent peu d'émotion au départ mais qui, répétés, recréent peu à peu un sentiment de sécurité et de lien. C'est sur cette sécurité que le désir peut ensuite se reconstruire.

À celui qui fait le premier pas, je dis de continuer malgré la maladresse. À celui qui reçoit, je demande d'accepter que, au début, ce soit moins fluide. Dans les deux cas, il s'agit de se laisser le temps de se réhabituer.

Si malgré cela rien ne bouge, ne laissez pas le silence s'installer : une consultation permet d'y voir plus clair, souvent plus vite qu'on ne le pense.

Le désir ne disparaît pas toujours. Il demande parfois qu'on réapprenne, ensemble et doucement, les gestes qui l'invitent.

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